Framavox
June 5th, 2020 08:44

Critique de l’alternumérisme

Fab Faber
Fab Faber Public Seen by 133

Salut!
Je viens de tomber sur ce texte qui, malgré mes réticences initiales, m'a pas mal fait réfléchir. Qu'en pensez-vous ?
Extrait :
"A coup de plateformes citoyennes Open Source et de Démocratie participative en ligne, laCivic Tech prétend combler l'écart entre citoyens et gouvernants en s’appuyant sur des outilsnumériques. Nous considérons ce courant au mieux comme une impasse, au pire comme une nouvelle modalité propagandiste.
(...)
Rien ne sera possible sans une remise en cause des dogmes du développement et du tout-numérique.Refusons la numérisation, la réduction numérique, brisons les chaînes que représentent cescâbles qui atrophient les relations humaines, la terre, le vivant. Déconnectons-nous systémiquement. Décâblons le monde.
"

DU

[deactivated account] June 5th, 2020 08:52

et la personne qui écrit ce texte, l'écris sur une tablette en argile? ;-)

blague à part, plus que l'outil en lui même c'est l'utilisation que l'on en fait qui est problématique sans toutefois négliger l'impact sur la vie en générale.

Une tablette d'argile demande de l'extraction....

Fab Faber

Fab Faber June 5th, 2020 08:54

@eldino As-tu lu le texte en intégralité ? Parce que tes arguments sont justement évoqués dans le texte...

Ce que je trouve intéressant dans cette critique, c'est qu'elle fait écho (toutes proportions gardées) à la dichotomie qui peut exister entre les partisans d'un changement de système politique par l'intérieur (structures électorales actuelles) et ceux qui souhaitent le renverser de l'extérieur (insurrection, désobéissance...).

DU

[deactivated account] June 5th, 2020 09:08

j'avoue l'avoir lu en diagonale, un peu long pour moi. J'ai pas pris le temps. Dans ce que tu dis, j'aimerais bien trouver un mix: changer de système politique par des petites insurrections, désobéissances sous les radars des sanctions. Personnellement, j'ai plus obtenu en me battant face à mon patron, en obtenant des petites choses qui changeait mon quotidien de travail (et ceux des copains à qui j'allais dire de demander le même traitement) que par le syndicat ou j'étais responsable (on a obtenu ici et là mais au final moins que seul en local).

Donc si chacun se battait pour des petites choses et le communiquait, je pense que l'ambiance générale pourrait changer et donc le rapport de force. C'est petit à petit que l'on conquiert. Les révolutions n'ont fait que créer des systèmes plus répressif d'après Jacques Ellul.

OB

Olivier B. June 5th, 2020 16:46

Seize pages de délires technophobes écrites par deux auteurs qui ont voulu faite un coup éditorial et militant pour se positionner comme les experts qu'ils ne sont pas. Où est passé l'esprit critique ?

Gicquel

Gicquel June 6th, 2020 03:11

Après lecture du texte, je me permet une critique de la "critique de l'alternumrique". Ce texte est à mon sens un exemple flagrant de ce qu'il faut éviter : une forme d'injonction morale, verbeuse et déloyale.

Je vais me limiter à quelques points particulièrement problématiques du texte.

Les définitions proposée, numérique = indéfini, numérisation = maléfique

"Le sujet du Numérique est insaisissable, car c'est un mot-valise, sans définition claire, et mélangeant foule de concepts."

Le mot "numérique" possède une définition assez claire en mathématique (la base de l'informatique). C'est grosso-modo l'utilisation de nombres (1,2,3....infini) dans des calculs. Par ex.

x² +9=-6

Trouvez le nombre x, vous faites du numérique!

L'arithmétique est la branche des math qui traite de ce qui se passe chez les nombres. Par exemple pour savoir si 1139783 est un multiple de 11 de tête, ou calculer 1+ 2 + ... + 100 en 30 secondes.

Les nombres possèdent des propriétés intrinsèques amusantes et utiles. C'est utile en physique par exemple. On peut opérer sur des surface en m² ou des durée en heures en utilisant l'addition par ex, 3m² + 2m²=5m², 3h+2h=5h. C'est plutot bien fait et assez étonnant que l'addition marche sur des entités conceptuellement différentes dès qu'on les transforme en nombre.

En informatique, ce principe permet de pouvoir calculer les orbites, l'énergie générée par un panneau solaire idéal, ou le nombre de dividende par secondes. Mais on peut se passer de technologie pour les calculs numériques. C'est pratique cependant.

  • "Le sujet du Numérique est insaisissable"

  • "Le sujet de la Culture est insaisissable",

  • "Le sujet des Jeux à gratter est insaisissable"

  • On commence par définir les termes avant de parler de Sujet. L'usage d'expressions débile telles que "monde numérique", "tout numérique", "univers du numérique" par les politiques et commerciaux est permanent. Mais ce n'est pas une raison pour se priver de regarder dans un dico

Aujourd’hui on peut voir 3 principaux piliers de la numérisation du monde : tout d’abord, le postulat que tout est réductible à de l’information traduisible en langage binaire, comme nous le verrons plus bas.

La numérisation c'est pas un batiment sur pilliers déjà!

La numérisation est l'utilisation de représentation numérique d'objets réels. Lorsque l'on scanne un papier, les capteurs mesurent l'intensité de lumière réfléchi à plusieurs endroits. Le résultat est une série de nombre, constituant la représentation.

La représentation n'est pas l'objet réel et parler d'information traduisible en binaire n'a aucun sens. Le mot information est ici trompeur et mal employé, les traitements informatiques reposant tous sur des nombres, une information on utilise le binaire. Il n'y a pas de "language binaire", comme il n'y a pas de language décimal. Le décimal est l'utilisation des chiffres de 0 à 9 pour écrire un nombre, le binaire est l'utilisation des seuls chiffres 0 et 1 pour écrire un nombre. Le nombre 25 lui il s'en fout d'être écrit en binaire ou décimal ou romain!

Les mauvais usage : morceaux choisis

Le développeur, tapant les lignes de code du futur programme n'est que l'utilisateur d'un langage de programmation que d'autres ont créé, et son code ne sera utilisable qu'après compilation, par un outil dont il ne comprend probablement pas le fonctionnement. Les développeurs de logiciels de compilation s'appuient sur les instructions prévues dans les systèmes d'exploitation, et ainsi de suite…

J'ai mis en gras les parties de texte vraiment débiles. Un langage de programmation n'est pas créé (contrairement à un outil), c'est un langage artificiel ne permettant pas l'ambiguité. L'anglais est un language naturel ambigu, l'esperanto un langage artificiel ambigu, le Prolog un langage artificiel non ambigu.

Les languages de programmation ont des caractéristiques semblables aux langages naturels, et évoluent en terme d'abstraction. Les développeurs influent sur l'évolution des langages. Si le dev ne comprend pas le fonctionnement du compilateur c'est sans importance. Le compilateur est l'outil qui permet de transformer ce qu'il écrit en instruction machines. Il y a plusieurs compilateurs pour un langage, chacun se conformant au caractéristiques du langage

le développeur de logiciel libre le mieux intentionné peut publier du code qui, une fois repris par d'autres, optimisera les tirs de drones américains au Pakistan

Le critique de l'alternumrique peut aller se faire foutre, cette dernière citation est débile, gratuite insultante.

OB

Olivier B. June 6th, 2020 06:35

Camarade Gicquel, merci pour ta défense du logiciel libre ! La vraie révolution ce sont les libristes qui sont en train de la faire pendant que les anars nombrilistes se saoulent de mots creux.

M

Mannig June 6th, 2020 08:12

Je ne me prononce pas tant que je n'ai pas lu ces 16 pages.
en revanche (et je ne pense pas être hors-sujet), l'informatique NE vaut RIEN sans formation préalable.

J'en ai touché deux mots sur https://framavox.org/d/T1kcxWHf/formation-internet et attends les commentaires.

V

v01u710n June 6th, 2020 10:54

Je suis assez critique vis-à-vis de la numérisation systématique de nos vies, que ce soit par l'omniprésence du téléphone qui désormais indispensable pour utiliser "efficacement" les outils des différents organismes ou par les tables, chaises, cafetières connectées ...

J'ai donc lu les 16 pages :p

Les 10 premières pages me semblent surtout critiquer le numérique capitalisme qui propose comme solution aux problèmes du numériques, plus de numérique. Je suis entièrement d'accord sur cet état des lieux ;

même si je trouve que texte prend l'informatique comme une sous révolution. À mon sens la révolution informatique est une révolution à part entière, équivalente à celle industrielle.

Le passage relevé par @Gicquel sur le logiciels et compilateurs est effectivement trompeur en ce sens qu'il sous entend que les compilateurs brideraient les développeurs, ne pourraient faire de bon logiciels car les compilo les en empêcheraient ...

Le découpage en strates successives a atteint un point tel, qu'il est raisonnable de penser qu'aucun humain n'est à même d'en comprendre le fonctionnement complet. La banalité du mal, telle qu'exprimée par Hannah Arendt, peut désormais s'exercer dans la plus totale opacité ...

Alors là ... j'avoue ne pas voir ce que la banalité du mal et Hannah Arendt viennent faire là et quand bien même c'est s'avancer beaucoup que de faire cette supposition, d'autre part il en va de même pour tous les autres domaines, maths, physique, construction d'une fusée etc.

Il est vrai quede nombreux groupes de personnes continuent de perpétuer cette utopie à travers des projets de « réappropriation » du numérique. Selon eux, l’infrastructure du capitalisme serait « hackable »

Oui le capitalisme est hackable de l'intérieur et ce sont ces initiatives internes qui changeront le système, comme le fut le régime générale de la sécu. Le web fut d'ailleurs à sa création, à l'opposé totale de son utilisation capitaliste actuelle.

L'article passe alors au logiciel libre :

Le logiciel libre, qui n'est qu'une modalité de développement informatique et de licence de diffusion, ne remet pas en cause la notion d'efficacité.

Là y a confusion totale entre logiciel open-source (qui correspond à cette définition) et logiciel libre qui est politique et correspondant à une producrtion du commun.

S'en suit un paragraphe sur le vote :

Comment nous, électeurs, pourrions avoir la
certitude qu'à aucun moment la machine n'a modifié notre vote ? Contrairement à une urne
transparente, que quiconque peut surveiller, la sincérité d'un vote électronique ne peut être
confirmée que par un « audit du code » réalisé par un expert.

C'est supposer le vote comme démocratique d'une part, comme seule solution démocratique envisageable d'autre part. Quand à l'argument même je le trouve léger ; oui on peut vérifier la sincérité d'un vote et pour nombre de domaines (y compris dans la santé, domaine vitale s'il en est) on s'en remet aux "experts".

Continuons sur le web :

Si la topologie anarchique du réseau, ne connaissant pas de réelle autorité, portait en elle dès le début le germe d'une horizontalité bienvenue, le montant des investissements nécessaires à son déploiement et la difficulté à trouver des modèles économiques viables ont poussé vers une centralisation à outrance.

À ce stade je pense mieux comprendre le texte. Le réseau anarchiste pensé initialement n'était (selon le texte) pas rentable et a donc dû changer, devenir capitalisme. C'est donc mathématique, il ne peut y avoir de réseaux anarchiste.

Le texte fait ainsi l'impasse sur tout autre mode de production. Pour exister, une technologie doit être rentable pour le capitalisme et à cause de cela, elle représente un danger pour nous autres, donc il faut abolir cette technologie.

C'est tout du moins ainsi que je le comprends.

De même

Nous ne pouvons continuer de croire que l’alternumérisme nous permettra de répondre à la
crise politique et écologique, à la crise des relations sociales et sociétales...

Je suis entièrement d'accord et c'est pour cela que je ne crois pas une telle chose. Le numérique n'est rien d'autre qu'un outil.

Après, j'avoue que ça part en WTF ...

« Inventer le train, c'est inventer le déraillement, inventer l'avion c'est inventer le crash (...)
il n'y a aucun pessimisme là-dedans, aucune désespérance, c'est un phénomène rationnel
(...), masqué par la propagande du progrès. » Paul Virilio
Ainsi, inventer le Web et les outils numériques, c’est inventer des infrastructures complexes
et polluantes, une facilitation du contrôle ...

Heu certes mais inventer le coûteau c'est inventer la blessure (volontaire ou non) par arme blanche. Inventer le livre et l'écriture c'est inventer la diffusion élargie de mensonges. Inventer le feu c'est inventer la déforestation.

Il faut en avoir conscience mais prendre ça comme argument c'est vouloir finir dans les perles du web.

D’une part, croire à un « bon usage » du numérique est aussi absurde que de croire à un
« bon usage » d’une drogue à laquelle on ôterait ses potentialités délétères

Là encore je pige pas ...

Dans le cas d'un enregistrement audio sur CD, l'infinité de nuances des mélodies d'un violon sera échantillonnée 44100 fois par seconde sur une palette de 216 valeurs possibles. Suffisant pour une oreille de néophyte, mais réducteur pour celle d'un mélomane qui y préférera un enregistrement analogique sur un disque vinyle (ou mieux : assister au concert)

C'est une critique technique du numérique ? Ou un mensonge du lobby du vinyle ?

Jusque là c'était surtout une bonne blague, puis arriva cette phrase :

Et si la structure exacte des tables de la base de données n'est pas
forcément compréhensible sans accès direct au serveur, on y reconnaît instantanément les champs booléens sous la forme de cases à cocher, les champs date, les listes déroulantes appelant d'autres tables, les champs varchar où s'insère le texte...

Très clairement, selon moi il s'agit de faire peur aux néophytes avec des mots collés un peu au hasard. Soit la cririque se veut technique et alors on entre dans les détails ou alors c'est un réquisitoire adressé aux non experts et on ne balance par des "varchar" sachant que 99.9% des lecteurs n'auront aucune idée de quoi il en retourne et les 0.01% se demanderont si le texte n'est tout simplement pas tiré de googletranslate ou la production d'une IA qui aurait ici atteint ses limites.

Pour conclure (désolé c'est un peu long) :

Mais nous sommes convaincus qu’il est aujourd’hui illusoire de vouloir maîtriser ce sur quoi nous n’avons plus la main en tant que citoyen, ni même en tant que politique ou technicien, et que le retournement ne pourra plus s’opérer.

Et comme nous n'avons plus la main sur le travail, ajourd'hui capitaliste (que devons-nous produire et comment le faisons-nous) autant arrêter de travailler purement et simplement. Après tout, reprendre le contrôle sur le travail est utopiste et ce texte ne l'est pas.

Texte technophone non ? Même si les auteurs s'en défendent, ils ne proposent autre chose que "décabler le monde" et rejeter en bloc les tehnologies du numérique.

DU

[deactivated account] June 6th, 2020 13:29

Donc c'est pas l'outil le problème, mais l'utilisateur et ce qu'il en fait. (en une ligne 😝)

Mehdi B.

Mehdi B. June 6th, 2020 14:03

Insulter la technologie en 2020 c'est un peu oublier que sans elle nous ne sommes même pas humains. Qu'est-ce que l'agriculture et les cités sinon une structure venant du génie humain ? (comprenez génie au sens ingénieur)
le design des outils permet aussi pas mal d'influencer la manière dont ils seront utilisés. C'est un principe qui est en fait applicable aussi à un état d'ailleurs.
Si vous faites un petit parallèle entre la gamification, le concept d'avatar et d'anonymat et la conduite de véhicule, vous pouvez rapidement vous rendre compte pourquoi il y a tant de comportements dissonants sur la route.
Je suis favorable à un design politique qui force la solidarité, le progressisme et l'altruisme. Car même si l'intention peut-être fausse, elle restera bénéfique pour le groupe.
Donc oui utilisons la technologie pour améliorer ce système.